Q. Tu as très bien commencé le premier jeu, et puis ensuite, tu as baissé de régime. En fait, tu n'as rien pu faire ?
R. Oui, au début du match, je me suis bien sentie, j'ai essayé de mettre de côté mes émotions et mes nerfs. Puis, au premier jeu de service, j'ai perdu un ou deux points, ce qui m'a affectée. C'est vrai que mon premier service n'était pas bon, il ne fonctionnait pas très bien, j'avais du mal à le contrôler. J'essayais ensuite de rentrer mon premier service. Mais c'est une très bonne joueuse, elle a su utiliser les occasions qu'elle s'est procurées. Cela a été la grande différence aujourd'hui.
Q. Etait-ce une question de nervosité ? Etais-tu surprise ?
R. J'étais surprise d'être si nerveuse, parce que j'ai bien dormi. Hier, j'étais très impatiente de venir sur le court. Ce matin, je me suis bien sentie, sur le court aussi, je me suis bien sentie, quand je suis rentrée sur le court. Puis d'un seul coup, je me suis rendue compte que l'événement s'emparait de moi. Cela a eu un impact sur mon service. Contre elle, il faut jouer très bien pour emporter le match.
Q. Je vais revenir sur cette première question. Que s'est-il passé au premier jeu ? Tu as fait des coups magnifiques. Tu menais 30/0 et puis tu n'as pas pu finir le jeu. C'était déjà un changement de scénario ?
R. En fait, elle m'a repris le service à 40/15, sur mon service. Je me suis sentie nerveuse. J'avais du mal à contrôler mes balles. Puis, j'ai commencé à penser à mes nerfs plutôt qu'à mon jeu. Je me concentrais trop sur mon service, je me concentrais beaucoup trop sur mon lancé de balle et je ne bougeais pas très bien. C'est vrai, elle est rentrée dans le court à ce moment-là, et elle a mieux joué. Lorsque j'ai eu des occasions de revenir dans le match, j'ai joué de bons points, mais elle était présente et ne m'a pas donné la possibilité véritablement de mettre en place mon jeu. C'était dur.
Q. Quelle est la différence entre toi et Justine aujourd'hui ?
R. L'expérience. Elle a déjà remporté ce tournoi à maintes reprises. Elle connaît un petit peu les Grands Chelems, elle sait gérer ses émotions. Elle a gardé son sang-froid. Moi, c'était la première fois que j'atteignais une finale. Je voulais faire un bon tournoi, donner le meilleur de moi-même. J'étais trop pleine d'exaltation. C'est une question d'expérience. Je pense que la prochaine fois, je vais essayer de ne pas rééditer cette mauvaise expérience.
Q. Aurais-tu préférer une finale contre Jelena, avec le même résultat ?
R. Cela aurait été incroyable d'avoir une finale avec deux joueuses serbes. Je pense que toutes les deux, nous aurions été très nerveuses, très fébriles, mais le match aurait été différent. Cela aurait été pour elle sa première finale. Pour nous deux, cela aurait été peut-être plus facile, mais c'est de toute façon une très belle expérience. Je pense que je peux apprendre de Justine, parce que c'est une championne extraordinaire. Elle était nerveuse aussi, fébrile certainement, mais elle a su mieux gérer ses émotions que moi.
Q. Quand les choses allaient mal, quelle était ta sensation, devant 15 000 personnes ? T'es-tu sentie mal à l'aise ?
R. C'est frustrant car je sais que je peux mieux jouer. Je sais que mes coups peuvent être plus performants, plus probants, mon service n'a pas fonctionné. Et puis, c'était dur de voir que je ne contrôlais pas le jeu. En plus, j'attendais énormément de ce match. J'aurais voulu que le match soit plus serré, mais comme je l'ai dit, c'est la première fois que j'étais dans cette situation. Les émotions m'ont envahie et j'espère tirer les enseignements de cette finale. Je vais regarder le match, pour savoir ce qui n'a pas été.
Q. Justine n'est pas très grande et ne paraît pas très forte, quand on est face à elle, pour un match si important. Qu'en penses-tu ?
R. Elle est très affûtée mentalement, elle bouge bien physiquement, c'est donc très difficile de décocher des points gagnants. Pour faire des points, il faut décocher énormément de coups. C'est ce à quoi je m'attendais. De temps en temps, elle peut lâcher des coups absolument extraordinaires, très puissants. Si mon service avait fonctionné, je pense que le match aurait été différent.
Q. Si tu devais tout recommencer en matière de préparation pour la finale, qu'aurais-tu fait ? Une bonne nuit de sommeil, travailler sur ton service, ou autre chose ?
R. J'ai fait tout ce que j'ai pu, je me suis bien entraînée, ma préparation était efficace ce matin. Je me sentais à l'aise. Mais c'est vrai, lorsque l'on arrive sur le court, c'est parfois différent. Souvent, j'ai pensé au moment plutôt qu'au match en lui-même. Mais en règle générale, il y a des choses que l'on ne peut pas contrôler. Il faut essayer d'apprendre. Maintenant, je sais exactement comment il faudra gérer la finale à l'avenir, parce que j'ai déjà connu la situation. Avec le recul, je ne regrette rien.
Q. Ce tournoi est un triomphe pour vous et la Serbie?
R. Oui, ces deux semaines étaient extraordinaires. Mon tennis a été très bon, j'ai battu des adversaires très coriaces. Ce sont des situations que je connais maintenant, je suis très fière de ce que j'ai réalisé au court de ces deux dernières semaines et j'attends avec impatience les autres tournois. J'espère que j'aurai l'occasion de saisir ma chance, si elle se présente.
Q. Le match aurait-il été différent si tu avais mené 2/0 au premier set ? Peut-on dire aujourd'hui que tu as dû gérer tes émotions et ta préparation mentale, par rapport à Justine ?
R. Oui, c'est certain. Si j'avais pu contrôler mes émotions, je pense que le match aurait été différent. C'est vrai que je me suis trop focalisée sur mon service aujourd'hui. J'aurais dû mieux servir, c'est sûr, mais bien sûr je peux apprendre beaucoup. Il faut peut-être que je regarde Justine lorsqu'elle est en finale. Mais c'est une très belle expérience. J'espère que, la prochaine fois, je gèrerai mieux la situation.
Q. Après la défaite de Novak contre Nadal, son ambition était de mettre au défi Federer pour devenir numéro 1. Que peux-tu dire de tes ambitions futures, notamment pour l'année prochaine ?
R. Je peux peut-être devenir un jour n°1 ou remporter un Grand Chelem, mais aujourd'hui, c'est une sacrée expérience. C'est vrai qu'il faut passer par des matches difficiles et durs. Il faut aussi savoir gérer la pression, gérer ses nerfs. Mais je pense que je peux tirer les enseignements positifs de ces derniers mois. Je suis sur la bonne voie. Il y a beaucoup de bons joueurs qui veulent aussi atteindre des objectifs majeurs. Il s'agira de savoir qui sera la meilleure. Justine est une très grande joueuse, une très grande championne.
C'est un match difficile pour moi, mais si je continue dans cette voie, j'aurai la possibilité d'atteindre la finale. J'espère que j'arriverai à concrétiser les occasions que j'aurai.
Q. As-tu des contacts avec ton ancien coach Zoltan ? T'a-t-il contacté durant les deux semaines ?
R. Oui, je l'ai vu la première semaine. C'est vrai que nous avons une très bonne relation, et il me donne de ses nouvelles.
Q. Sven, t'a-t-il manqué, est-ce que hier, Sven t'a manqué pour préparer ce match ?
R. Oui, je pense. Le match aurait été différent s'il m'avait donné des informations tactiques, des petits tuyaux. Mais comme je l'ai dit, je peux apprendre tout cela, mais en fin de compte, on est tout seul sur le court. Il faut savoir se débrouiller tout seul, trouver les solutions soi-même. J'espère que la prochaine fois, ce sera mieux.
Q. Ton jeu, va-t-il se prêter à la surface de Wimbledon et à la surface des Etats-Unis ? On est simplement à la moitié de l'année.
R. Je pense que mon jeu peut se prêter au gazon. Je vais essayer de monter plus souvent au filet. Mon jeu va être assez approprié pour Wimbledon. Il est vrai aussi que la victoire à Berlin m'a donné beaucoup de confiance. J'espère que je pourrai participer à d'autres finales. Je prends match par match, et j'essaie de m'amuser sur le court ; quelle que soit la joueuse que je vais jouer, il faut essayer de remporter la victoire. Souvent, on apprend davantage dans la défaite que dans la victoire. Il faut avoir une approche régulière, pas à pas.
Q. Est-ce la première fois que tu as ressenti autant d'émotion ?
R. Oui, mais il y avait aussi un autre tournoi, le premier tournoi auquel j'ai participé, j'étais également nerveuse, c'était un tournoi du Tier 1 (catégorie 1).
C'est la première fois que j'atteins la finale d'un Grand Chelem, c'est incroyable. Je ne suis pas trop surprise d'avoir été si nerveuse !
Q. Pendant le match, t'es-tu rendu compte que tu ne pouvais pas contrôler tes nerfs ?
R. J'étais un peu en colère vis-à-vis de moi-même, parce que je savais que je pouvais livrer une meilleure prestation. Je savais qu'il fallait prendre plus de temps entre les points. Je me précipitais trop parfois. C'est vrai que j'étais pleine de frustration à ce moment-là, et même après le match, mais comme je l'ai dit, j'ai joué contre une adversaire très dangereuse. J'espère que la prochaine fois, ce sera différent.
Q. Que penses-tu de Justine Henin, Ana ? Elle lit les notes de Carlos Rodriguez ; elle a un pense-bête, as-tu vu cela ?
R. Non. C'est vrai que l'on doit trouver des façons de livrer un match qui soit bon, et donc, je pense que cela l'aide, cela lui permet d'être relâchée. En ce qui me concerne, c'est différent. Je préfère en parler avant le match, puis ensuite, j'essaie véritablement d'avoir une image que je mentalise.
Q. Au début, ton entame a été fantastique, il n'y avait pas de problème. Quand les nerfs ont pris le dessus sur toi, que t'es-tu dit ?
R. J'essayais de me relâcher, de mieux bouger, de mieux me déplacer. Parce que lorsque les nerfs lâchent un petit peu, on a du mal à se contrôler. J'ai essayé de bien respirer, de me relâcher, et entre les points, j'aurais dû prendre plus de temps. Je l'ai déjà dit ! Mais c'est vrai que j'étais pleine d'enthousiasme, et parfois, je voulais me relaxer, mais les émotions prenaient le dessus. Ces émotions ne sont jamais parties, en fait.
Q. Ana, Justine a remporté Roland Garros à maintes reprises, que penses-tu de ses chances à Wimbledon ?
R. C'est une très grande joueuse sur terre battue, je pense qu'elle peut très bien jouer aussi sur court dur, mais aussi sur gazon.
A Wimbledon, le jeu est différent, mais avec son slice et sa volée, elle a toutes les armes pour bien figurer à Wimbledon.